Littérature

Noire n’est pas mon métier

Je ne sais pas si je suis la plus légitime pour parler de ce livre car, je suis une femme blanche. Mais, dans tous les cas, j’ai envie de vous en parler parce que, c’est une œuvre hyper importante, qui met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes noires au cinéma, mais aussi et plus globalement, dans la vie courante. Bonne lecture !

Temps de lecture : 3 min.

Noire n’est pas mon métier est un recueil de témoignages de seize actrices, paru en mai 2018. Le point commun entre toutes ces femmes ? Elles ont la peau noire et cette caractéristique les a, malheureusement, souvent bloquées durant leurs carrières.

Elles nous racontent les difficultés qu’elles ont de travailler dans le monde du cinéma. Sans cesse ramenées à leur physique, elles doivent composer avec les rôles stéréotypés qui leur sont assignés. On ne les considère pas pour leurs talents, mais bien pour leur apparence. Aussi talentueuses qu’elles puissent être, le milieu du cinéma ne s’intéresse que trop rarement à leur capacité à incarner un personnage.

Au-delà de leur difficulté à percer dans le métier d’actrice, elles doivent faire face aux difficultés de leurs vies personnelles. Elles doivent d’une part, composer avec le sexisme très présent dans le milieu du cinéma et, d’autres parts, composer avec le racisme dont elles font l’objet. Un racisme souvent banalisé, perpétré par des personnes qui ne pensent pas avoir des comportements racistes, mais que ces comédiennes se prennent en plein visage au quotidien.

Cependant, ces seize femmes ne font pas que témoigner du manque de considération qu’on leur octroie. Bien au contraire, elles nous racontent comment elles ont trouvé la force de se battre, d’aller au-delà des stéréotypes, et de  lutter encore pour donner l’espoir aux femmes noires de prendre leurs destins en main. Je pense que ce sont des textes qui donnent réellement de l’espoir, et qui, par dessus tout, informent. En tant que personnes blanches, les difficultés rencontrées par ces femmes peuvent nous sembler loin de nous. Aujourd’hui, il est crucial de savoir ce qu’elles vivent et de changer les mentalités. “Le silence tue“, comme disait le YouTubeur Pouhiou dans cette très belle vidéo. Alors, brisons-le !

 

 

Je retranscris ici un témoignage de Rachel Khan, intitulé “Sans entendre aucun bruit“, qui m’a touchée, et que j’ai envie de partager avec vous.

Personne ne m’a jamais dit que j’étais noire. J’ai peur de demander à mon père. Mais, si c’est le cas, ça doit venir de lui, j’en suis sûre, c’est génétique ces trucs-là.
Perdue, je perds pied. Pour le cinéma, je suis noire, même pas métisse mais noire, ce qui implique certaines choses que je n’avais pas du tout anticipées. Est-ce qu’il y a un coach sur Paris spécialisé dans les rôles de Noires ? Qui pourrait me faire bosser l’aspect afro des personnages pour plus de crédibilité ? Y a-t-il des émotions à ne pas ressentir ?
D’un coup, moi, l’Afro-Yiddish tourangelle, championne de France, européenne, je culpabilise d’avoir oublié que ma peau raconte que je ne suis pas d’ici, que je suis une autre que je ne connais pas.
En casting, pour les incontournables rôles de putes ou de femme de ménage, on me demande de faire un accent qui aille avec cette couleur (ou avec ce rôle ?). J’aimerais bien dire à la directrice de casting que la couleur de ma peau vient de l’histoire de France, de la Shoah, de la décolonisation, de l’immigration, de l’égalité des droits fondamentaux, des Lumières… Que j’habite comme une reine à Saint-Germain-en-Laye à côté du berceau de Louis XIV, mais on n’a pas le temps. On n’a jamais le temps.
Alors je tente à chaque fois le tout pour le tout. Un balai invisible à la main parce que c’est mon rôle,  je remonte mes manches et, sans faire la fine bouche, parce que ça serait de toute façon difficile, je déploie un accent pathétique face caméra. J’aurais aimé leur dire que je pouvais faire aussi Denise Fabre, Raymond Barre ou Georges Marchais, Phèdre, Romy et les autres, que j’ai une palette de jeu assez large, mais les castings sont rapides. Juste après m’avoir demandé de danser, on a pris mon numéro, mes disponibilités et je suis remerciée. “Suivante !” dit la directrice de casting, et je vois entrer une jeune Afro-Européenne comme moi, puisque les Noirs sont interchangeables à cause de la ressemblance.

Ce livre est à mettre entre toutes les mains. Il n’est aucunement moralisateur, ni a visée politique. Ce ne sont que des histoires vraies, vécues et racontées par ces seize femmes, qui usent du pouvoir de leurs plumes pour simplement informer et faire changer les mentalités. Pari réussi selon moi pour ce livre, qui est bien écrit et engageant !

Je vous invite à lire cette revue de la blogueuse La demoiselle Chocolat, qui est plus complète que la mienne.

Noire n’est pas mon métier, éditions SEUIL, mai 2018.

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