Littérature

L’œil le plus bleu – Toni Morrison

L’œil le plus bleu est un roman écrit en 1970 par Toni Morrison. L’autrice y décrit de manière poétique la cruelle vie d’une petite fille à la peau noire, Pecola Breedlove, à la recherche de son identité et de sa beauté, dans une Amérique des années 40.

C’est la petite Claudia, âgée de 9 ans, qui raconte l’histoire de Pecola, à peine plus âgée qu’elle. Pecola est une petite fille du quartier qui subit des violences familiales : elle est obligée de garder une certaine distance avec sa mère, qu’elle appelle “Mrs” ; elle vit les engueulades et les bagarres de ses deux parents ; elle subit l’inceste de son père… Ainsi que des violences extérieures : les gens du quartier la trouve laide, ses camarades de classe se moquent d’elles, elle est dénigrée par les blancs comme par les noirs et sert parfois de bouc émissaire. C’est une jeune fille en grand manque d’amour, qui se persuade elle-même de sa laideur, venant même à remettre en cause la légitimité de son existence. Pecola se replie sur elle-même et fait alors le vœu d’avoir les yeux bleus. Dans son esprit, avoir les yeux bleus lui permettrait enfin de se faire aimer.

Toni Morrison a écrit cette histoire sans prendre partie, sans se moquer ni dénigrer qui que ce soit. Sa façon d’écrire nous fait nous mettre à la place de cette jeune fille. Ainsi, nous faisons preuve d’une empathie extrême et, toute la violence dont elle est victime, nous la ressentons également.

http://ticklebooth.com/category/stylistic-elements/kids-pov/page/3/

Ce récit m’a fait penser à la vidéo, bien réelle, dans laquelle des enfants âgés de trois à cinq ans, sont assis à une table sur laquelle se trouvent deux poupées : l’une à couleur de peau blanche et l’autre à couleur de peau noire. On leur demande de montrer la jolie poupée : ils montrent la poupée à la peau blanche. Puis on leur demande de montrer la gentille poupée : encore une fois, ils montrent la blanche. Enfin, on leur demande de choisir la poupée méchante : ils montrent la poupée noire. Lorsqu’on leur demande de justifier leur choix, la poupée blanche est gentille car elle est blanche ; la poupée noire est méchante car elle est noire. Enfin, on leur demande de montrer la poupée qui leur ressemble. Je vous laisse deviner laquelle ils montrent du doigt. Ce qui est terrifiant dans cette vidéo, c’est que les enfants font ces choix argumentés de manière toute à fait naturelle et consciente.

 

Dans la même idée, j’ai repensé au discours de la sublime Lupita N’goyo, actrice ayant joué le personnage de Patsey dans 12 years a slave. Durant la cérémonie Black Women in Hollywood de 2014, l’actrice profite d’un moment sur la tribune pour délivrer un discours touchant sur la beauté “Je me souviens de l’époque où, moi aussi, je ne me sentais pas belle. Quand j’allumais la télévision, je ne voyais que des peaux pâles, on se moquait de moi parce que mon teint était aussi sombre que la nuit. Ma seule prière à Dieu, le faiseur de miracles, était que je me lève le matin avec une peau plus claire […] et tous les jours, c’était la même déception : j’étais aussi sombre que le jour d’avant. […]”

J’ai un peu divagué par rapport au roman de Toni Morrison, volontairement. Bien que l’Oeil le plus bleu décrit la situation des afro-américains des années 40, l’on se rend compte que cette vision qu’ils ont d’eux-mêmes a traversé les âges et n’a pas beaucoup évolué. Cela fait poser cette question : par quoi définit-on la beauté ?

 

Ouvrage traduit de l’américain par Jean Guiloineau, parut chez 10/18

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2 Comments

  • Mélissa

    Bon définitivement gros coup de cœur pour ton blog ! C’est pas vide et/où en mode féministe extrémiste (brandissons les torches pour brûler le mâle x)). C’est sensé, intelligent, ça porte à réfléchir ! Le coup de la poupée je connaissais pas cette histoire, c’est en effet assez choquant ! Et puis ce livre “l’œil le plus bleu” wouahou ! J’adore x)

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