Aparté

Les gens du métro ont vu mes poils

C’est encore un article sur les poils ; oui, encore… Mais il me semblait nécessaire de vous faire part de l’expérience du poil dans l’espace public. Parce que j’ai lu beaucoup d’article sur l’acceptation des poils (la théorie). Mais jamais sur comment ça se passe IRL (la pratique). Bonne lecture 🙂

<ma vie>

Avec l’arrivée de l’été, je m’inquiétais à nouveau de ma pilosité. Comme ça fait 23 ans que je grandis avec des affiches et publicités de mannequins glabres devant les yeux, je complexais sur cette fourrure qui recouvre des endroits de mon corps, que j’estimais être tout à fait impropres à accueillir le pelage. Pourtant, il faut que je me rende à l’évidence : me débarrasser de cette partie de mon corps me fait mal, me fait perdre du temps puis, en plus, je n’en vois pas l’utilité et surtout, SURTOUT, je n’aime pas ça. Mais comme c’est dans les normes, je pensais que c’était mon devoir de citoyenne que de tout mettre en œuvre pour posséder un corps lisse.

Et je suis tombée sur cet article, celui-ci, puis lui et encore lui, et cette vidéo, celle-ci, celle-là et cette autre vidéo. Et je me disais “waaa mais c’est la révolution des poils, c’est vrai en fait, on n’est pas obligées de s’épiler ! Ensemble, laissons nos toisons libres !” Donc la théorie était là. Mais en pratique ?

 

Les beaux jours arrivent, les filles sortent les robes, les jupes et les shorts. Et je regardais leurs jambes. Imberbes. J’étais hyper déçue. Je n’ai pas vu ne serait-ce qu’une jambe avec un tout petit duvet dessus. À croire que toutes ces femmes sont vraiment nées sans poils.

Et moi, comme j’ai besoin d’être encouragée et de ne pas me sentir seule dans ma lutte contre l’épilation, je n’osais pas sortir  avec ma fourrure exposée aux yeux du monde, seule. Du coup, pendant des semaines, j’ai porté des pantalons longs.

Mais un beau matin, il faisait tellement chaud que le pantalon long, je n’étais plus capable de le porter. Alors j’ai sorti le short. Après une longue préparation psychologique, quand même.

Je suis sortie, mes jambes nues et velues, poils au vent. Je n’étais tout de même pas très à l’aise. J’avais la boule au ventre, persuadée que tous les passants et toutes les passantes allaient me montrer du doigt, un air de dégoût leur déformant le visage et hurlant “regardez ! Mais REGARDEZ cette fille poilue ! C’est dégueulasse !“.

Et en fait, non.

J’ai traversé la rue. J’ai pris le bus. J’ai pris le métro. J’ai traversé le quartier de mon lieu de travail. J’ai travaillé. Puis j’ai refais le chemin inverse et suis sereinement rentrée chez moi.

Et personne ne m’a fait de remarque.

Je n’ai même pas senti un seul regard écœuré sur mes gambettes velues.

J’ai réitéré l’expérience les jours suivants et le constat était le même. Les gens s’en foutent ROYALEMENT. Et quand bien même certains et certaines se seraient senti.e.s mal à l’aise à la vision de mes poils, ils et elles ont, au pire, été furtivement surpris et surprises. Au mieux, ça les a inspiré et ils et elles m’ont trouvé audacieuse (ça flatterait tellement mon égo). Puis même, il faut avoir sacrément de culot, ou être bourré.e ou débile pour se planter devant quelqu’un et dire “ôte moi ces poils de ton corps, être impur que tu es !

</ma vie>

Alors le deal, c’est ça : que tu aies envie de t’épiler / te raser parce que ça te fait plaisir, parce que ça te donne la sensation d’être beau / belle, parce que ça te fait du bien, c’est tant mieux et tu as tout intérêt à continuer.
Que tu te sentes obligé.e de le faire alors que tu n’aimes pas ça et que tu n’en a pas envie, par peur du regard des autres, arrête. Fais ce que tu as envie de faire, ne fais pas ce que tu n’as pas envie de faire. Ça semble couler de source, mais c’est pas si évident que ça. Ce qui compte, c’est ton regard à toi sur ton corps, et que tu sois en accord avec tes principes. Et surtout, aime toi tel.le que tu es. Et je te promets que personne ne s’opposera jamais à toi.

 

Je me suis quand même risquée à imaginer ce que mon voisin de siège à dû penser en me voyant, en dessin :

 

(Je me fais rire toute seule parfois).

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2 Comments

  • Sobralia

    J’adore ta BD de fin d’article !! Soutien, moi aussi au début j’étais terrorisée de sortir, je me disais que tout le monde me regarderait, qu’on allait se moquer de moi en groupe et que personne ne me soutiendrait. Non. Des regards furtifs qui ne m’ont même pas fait me sentir humiliée, bien au contraire, j’étais encore plus fière.
    “sa vie ne sera plus jamais la même” c’est exactement ça hahaha !

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