Aparté

Aujourd’hui, à quoi sert le féminisme en France ?

“Clairement, le féminisme d’il y a plus de 60 ans, 50 ou 40 ans, il y avait un réel but parce qu’il y avait des choses qui étaient inacceptables et qui, à l’heure d’aujourd’hui, sont devenues tout à fait normales […]. Mais, mesdames, mes chères féministes, dans des pays comme la France ou la Belgique, on s’énerve un petit peu pour pas grand chose, on est d’accord, il y a un problème. C’est fini tout ça, les grands débats, maintenant, ON CASSE LES COUILLES, pour des bêtises, pour des chansons qui passent à la radio […]. Quand un scénariste écrit une scène de viol, on va pas l’incendier, alors que, pourtant, ça sort de sa tête, c’est lui qui a trouvé le concept, l’idée, qui l’a écrit. Mais quand un mec à envie de chanter ‘pute pute pute pute pute’ aaah non aah non il le pense ! […] Alors les féministes veulent absolument être vues à la même échelle que les hommes, les femmes doivent être égales aux hommes… On fait tout un pâté sur ce sujet mais, je pense que c’est justement à force de tout le temps créer des groupes de haine finalement parce que, il y a des choses hardcores qui se disent dans le monde des féministes, c’est pas tout rose tout rose […]. Tant que ces groupes là existeront, on ne sera jamais égales […]. On n’a pas besoin d’un groupe de féministes, pour nous faire comprendre qu’on est égales aux hommes. On n’en a rien à foutre […]. Je suis contre ces dérives, je ne suis pas contre les féministes qui tentent de faire passer de vrais messages, comme par exemple, le fait qu’une femme gagne toujours moins qu’un homme, pour le même poste, c’est vrai qu’il y a un petit problème, mais, les féministes extrémistes, qui cassent les couilles, mais vraiment, elles pètent les couilles pour de la merde, et on est tous d’accords pour dire que c’est des meufs qui n’ont plus vu une bite depuis au moins 15 ans, qui sont frustrées, sont des putains de mal baisées […] qu’elles aillent toutes se faire foutre”.

Gaëlle Garcia Diaz a essayé de nous exprimer ici, avec ses mots, et assez maladroitement finalement, qu’elle était contre le féminisme dit “extrémiste”. Sauf que, pendant les trois quarts de sa vidéo, elle qualifie ces groupes de groupes “féministes”. Pour moi, c’est un amalgame. Je suis d’accord avec elle sur plein d’éléments de son discours. MAIS, je n’ai pas retranscrit ici ces paroles pour critiquer celle qui en est l’oratrice ou pour critiquer le féminisme “extrémiste”. Je me suis dit que, ce discours était le discours typique que peut tenir une personne assez mal informée sur le féminisme et son rôle, notamment en France. Pour moi, ces paroles sont une belle entrée en matière pour vous prouver que oui, le féminisme est encore important et est un mouvement tout à fait indispensable aujourd’hui.

 

/ ! \ Les éléments qui vont suivre sont le fruits de ma propre réflexion. Vous avez le droit d’être d’accord, ou pas. Si tel est le cas, alimentons le débat / ! \

 

FÉMINISME ET “CASSE-COUILLISME”

Donc, Gaëlle fait référence aux manifestations qu’il y a récemment eu de la part des féministes dites “extrémistes”, envers des musiciens. Elle cite la polémique autour de Damso, mais nous pouvons évidemment penser à Orelsan, qui est un cas qui m’a personnellement plus marquée. Je trouve ça assez cool qu’il y aient des personnes suffisamment audacieuses pour faire remarquer que certaines paroles de chansons sont blessantes envers une partie de la population humaine (il s’agit quand même de la moitié de celle-ci, faut pas déconner hé). Lorsque Orelsan disait, en 2009, “ferme ta gueule ou tu vas te faire Marie-Trintigner” (en référence à Marie-Trintignant, décédée en 2003 sous les coups de Bertrand Cantat, son compagnon de l’époque) c’était des paroles inacceptables, très irrespectueuses envers la famille de Marie-Trintignant et la mémoire de celle-ci. Pour ces paroles, Orelsan a été poursuivi en justice et jugé.

Malgré le fait que la justice ait fait son travail, Orelsan continue à recevoir les foudres de certains groupes féministes. Début 2018, le rappeur a reçu plusieurs prix lors des victoires de la musique. Une pétition a circulé presque immédiatement, demandant le retrait de ses prix (source). Or, comme dit plus haut, le rappeur a été poursuivi en justice et jugé. Dans ces cas là, c’est à la justice de prendre la décision qui convient, pas à des personnes lambdas. Au passage, entre 22% et 37 % des paroles de rap sont misogynes et 67 % objectivent sexuellement les femmes (source). Si on tape sur Orelsan, pourquoi ne pas taper sur les autres ? Et finalement, si les textes à caractère misogynes marchent, c’est parce qu’il y a un public, c’est la loi de l’offre et de la demande qui fonctionne ici. Donc, qui est réellement à blâmer : les artistes, ou les gens qui les écoutent et les apprécient ?

Si je trouve les propos de Gaëlle intéressants, c’est parce qu’ils nous prouvent bien que le rôle du féminisme est mal compris et mal perçu. Il ne faut pas oublier que, l’image du féminisme, comme beaucoup d’autres choses, est construite par les médias et, pour le peu qu’on ne s’intéresse pas du tout à ce mouvement, on va croire ce qu’il y a écrit dans les journaux ou ce qui passe au journal de 20h. Les médias cherchent à vendre et, ce qui fait vendre, ce sont les polémiques. Donc, pour vomir sa haine sur des groupes comme ceux-ci, évidemment qu’il y aura du public. Ça obstrue totalement l’objectif du féminisme qui, je le rappelle, a pour but de définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les hommes et les femmes. (la vraie def)

 

DE REDONNER DU SENS AU MOUVEMENT FÉMINISTE

Du coup, à part à casser les couilles (hein), à quoi sert le féminisme ? C’est vrai quoi, à notre époque, en France, alors que les femmes ont le droit de travailler, d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leurs maris, à voter, bref, pourquoi ce mouvement existe encore alors que les femmes ont tous les droits ?

L’éducation

En tant que fille, te souviens-tu, la première fois que tes jambes, à peine plus poilues qu’un oisillon nouveau-né, ont croisé le chemin d’une bande dépilatoire ou d’un rasoir ? Te souviens-tu, quand un garçon a montré du doigt tes aisselles velues et a fait se tordre de rire l’ensemble de la classe ? Te souviens-tu, quand tu as reçu une Barbie à Noël, alors que tu voulais un tracteur ? Te souviens-tu, de ces magazines pour filles avec, en couverture, des filles de ton âge, les pommettes hautes, le sourire enjôleur, le regard bleu, titrés “belles d’été”, “comment plaire à Brandon”, “ton maquillage de fête”, etc ? Ça ne te choquait pas à cette époque, et ça ne te choque peut-être toujours pas aujourd’hui. Tu as grandi avec ça. Tu l’as intégré, ça fais partie de tes codes. Ces mêmes codes qui, aujourd’hui, te font angoisser de sortir mal coiffée, mal rasée, pas assez jolie, trop discrète, trop voyante…

Aussi bienveillants se veulent-ils d’être, ces rasoir, poupées et autres magazines genrés sont de véritables produits impulsés par une bonne dose de marketing, pour faire des filles de futures bonnes consommatrices. Ça ne vous a jamais frappé.e.s, le nombre de magasins de prêt-à-porter féminins, comparés aux magasins de prêt-à-porter masculins ?

Et s’il ne s’agissait que de cela… On apprend aux fillettes à être déjà de vraies petites femmes, à prendre leurs responsabilités en main. On conditionne les filles, leur avortant toute possibilité de vouloir rêver à être ce qu’elles veulent être, à faire ce qu’elles ont envie de faire. Combien de filles sur YouTube ? Combien de filles à l’assemblée nationale ? Combien de filles ministres ? Combien de filles candidates à la présidentielle ? Combien de filles sur des chantiers de construction ? Combien de filles à des salons sur le bricolage, l’aviation, le numérique, et j’en passe ?

C’est pour sortir de ce cycle fataliste qu’il faut repenser l’éducation des jeunes filles. De donner la possibilité aux toutes jeunes filles de se rêver dans un autre rôle que celui de… fille. Pour ça, le féminisme se doit d’exister en France.

L’inchangeable histoire de l’égalité salariale

En 2017, une femme était payée en moyenne 15% de moins qu’un homme. En 2017. En France. 15%, c’est pas très parlant ? En gros, ça représente 39 jours de travail non payés dans l’année (source).

Là, j’avoue que quelque chose m’échappe. Pourquoi une personne possédant une vulve gagne moins d’argent que son collègue possédant un pénis ? Est-ce que la vulve rend plus bête ? Moins compétente ? Ah non, je sais ! En fait, l’utérus contient en son sein les 15% de salaire qui ne sont pas perçus par le travail, à l’instar des farfadets qui ont leur trésor aux pieds des arc-en-ciel.

Non mais, plus sérieusement, je n’ai absolument pas la réponse. Je n’ai pas trouvé d’études ou de bonnes raisons qui justifient cet écart de salaire absurde entre les deux sexes. Mais pour pallier cette injustice, le féminisme se doit d’exister en France.

Les travailleuses du sexe

Nikita Bellucci, ancienne actrice porno, a récemment fait les frais d’un véritable acharnement sur la toile. Pourquoi ? Parce qu’elle dénonçait le fait que de jeunes gens aient accès aussi facilement a des vidéos porno. Ce n’est pas une nouveauté : Aujourd’hui, l’âge moyen de l’acquisition du premier smartphone est fixé à 10 ans. Cela donne à ces toutes jeunes personnes une ouverture incroyable sur le monde et, bien sûr, beaucoup en profite pour regarder des vidéos pornos. Ces jeunes gens, qui n’ont même pas atteint leur majorité sexuelle voient, de leur propres yeux, des gens qui baisent littéralement sur leur petit écran. Je ne vais pas vous apprendre que, bien souvent, ces vidéos ne montrent pas des rapports charnels, gageant un amour inconditionnel entre un homme et une femme. Et quand on est pré-ado, en général, on n’a pas encore la maturité nécessaire pour faire la part des choses. Du coup, ces jeunes gens pensent que la vraie vie, c’est ça, qu’au lit, les femmes sont des objets sexuels que l’on peut retourner dans tous les sens, alors que les femmes de ces vidéos sont des actrices, elles font SEMBLANT. Je parle des pré-ados, mais à voir certains commentaires sur le compte Twitter de l’ancienne hardeuse, nous constatons que certains hommes n’ont pas encore passé le stade intellectuel pour dissocier le vrai du faux.

Je vous invite à regarder cette interview de Nikita Bellucci, réalisée par Konbini.

Tout ça pour dire que, le traitement réservé aux femmes qui travaillent dans ces milieux là sont insoutenables. Harcèlement, insultes, menaces de viol, de mort… Les travailleuses du sexe sont mal protégées et non prises au sérieux lorsqu’elles se plaignent de l’acharnement qui les frappe. À quand une loi qui va ENFIN réellement protéger ces personnes ? Pour ça, le féminisme se doit d’exister en France.

En résumé, le féminisme doit se battre pour la vie des femmes

Pour que baisse les taux de viol. 91% des personnes violées sont des femmes et 1 femme sur 5 a des chances de se faire agresser sexuellement ou de subir un viol au cours de sa vie (source). D’ailleurs, je trouve ça assez choquant que l’on ait le chiffre des femmes qui subissent des viols, et pas les chiffres du nombre d’hommes qui violent.

Pour que les femmes touchent la même paye pour le même poste et aient les mêmes chances d’évoluer dans les entreprises. Aussi, pour que les produits qui leur sont destinés n’aient pas raison d’être plus chers (voir taxe rose).

Pour qu’enfin, nous sortions des normes physiques purement et simplement imposées par le marketing. Que les femmes aient enfin la possibilité de se dire qu’elles sont belles. Qu’elles aient l’audace de s’accepter telles qu’elles sont, avec leurs poils, leurs kilos “en trop”, leurs nez aquilins, leurs jambes arquées, etc (voir chirurgie esthétique et troubles de l’alimentation, deux problématiques touchant principalement les femmes).

Pour qu’elles aient la possibilité de sortir dans la rue habillée comme elles le souhaitent, sans avoir a subir insultes ou harcèlement. Pour qu’elles arrêtent de flipper de rentrer seules chez elles, de jour comme de nuit.

Parce que, oui, il y a des inégalités dans la langue française qu’il serait temps de corriger, cela influence notre perception du monde et des femmes (désolée pour ceux que ça fait chier, je sais que c’est un débat que vous prenez très à cœur, mais vos réactions en disent plus sur vous que sur le féminisme).

(J’ai mis ici des exemples qui me sont venus à l’esprit. J’ai certainement oublié beaucoup d’autres choses et m’en excuse).

Mais pas que…

Des hommes aussi subissent des viols. Des hommes aussi souhaiteraient pouvoir accepter leur physique tel qu’il est. Des hommes aussi aimeraient avoir la possibilité de s’habiller, se maquiller, se coiffer comme ils le souhaitent. Des hommes aussi sont victimes de harcèlement. Les hommes aussi subissent des pressions, pour ne surtout pas déroger à leur place “d’hommes”. Inspirer l’autorité, ne pas montrer sa sensibilité, assurer au lit, avoir une bonne situation professionnelle… Le féminisme, c’est définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les hommes et les femmes. Donc, le féminisme se bat aussi pour les hommes. La personne qui contredira ça n’aura définitivement rien compris à ce mouvement. Tant que des inégalités entre les sexes existeront, le féminisme existera.

Lorsque l’ensemble des êtres humains de cette planète comprendra que le patriarcat est complètement nocif pour la totalité la population humaine, alors, peut-être, le féminisme sera compris et pris au sérieux par 100% des hommes et des femmes. Si personne ne se lève pour obtenir l’égalité des sexes, qui nous donnera ce privilège ? “Ne me libérez pas, je m’en charge”, scandait le MLF en mai 1968. Toujours d’actualité 50 ans plus tard.

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